Billet 1 : La classe inversée : une innovation et un enjeu pédagogique.
En formation à distance (FAD), l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) transforme les pratiques éducatives en optimisant l’usage du temps en classe, comme le démontre la classe inversée (Conseil supérieur de l’éducation, 2015, p. 8). Cette approche pédagogique, où les notions théoriques sont apprises en autonomie à distance et les activités pratiques réalisées en classe, réorganise à la fois le rôle de la personne enseignante et la dynamique d’apprentissage.
Traditionnellement, le temps en classe se consacre à une transmission passive des connaissances, tandis que les apprentissages réalisés à domicile impliquent souvent un travail isolé et sans soutien. La classe inversée inverse ces pratiques. Les personnes apprenantes arrivent en classe avec une connaissance préalable des concepts (via des vidéos, lectures ou tutoriels) et utilisent ce temps pour collaborer, résoudre des problèmes ou bénéficier d’un accompagnement individualisé.
S’appuyant sur les principes du constructivisme et du socioconstructivisme, cette méthode engage les personnes apprenantes en les rendant actrices de leur apprentissage. Elles s’approprient les notions à leur rythme et utilisent l’expertise des personnes enseignantes pour surmonter les obstacles lors des activités en classe. Selon Papi (2016), cette approche favorise la personnalisation de l’apprentissage et stimule l’engagement, tout en exploitant les avantages des interactions sociales en présentiel.
La classe inversée répond également au principe fondamental de la FAD qui consiste à « associer l’élaboration de documents pédagogiques fiables et des possibilités d’échanges pour les apprenants » (Daniel, 2021). Cependant, elle pose plusieurs défis : la nécessité d’un investissement important pour créer des ressources de qualité, la garantie d’un accès équitable aux technologies et la redéfinition du rôle de la personne enseignante, qui passe de transmettrice de savoirs à facilitatrice.
Ainsi, la classe inversée représente une innovation pédagogique majeure en combinant outils numériques et pratiques collaboratives, tout en soulevant des enjeux importants liés à l’équité, à la formation des enseignants et à la personnalisation des apprentissages. Son potentiel ne peut être pleinement exploité que si elle s’inscrit dans une réflexion globale sur l’enseignement, visant à concilier ces défis avec les opportunités qu’elle offre.
Références :
Conseil supérieur de l'éducation (2015). La formation à distance dans les universités québécoises : un potentiel à optimiser, Québec, Le Conseil, 162 p.
Papi, C. (2016). De l'évolution du métier d'enseignement à distance. In. Sciences et Technologies de l'information et de la Communication pour l'Éducation et la Formation, volume 23 n1, 2016. Dossier spécial : Enseigner, accompagner, apprendre, quels changements à l'heure du numérique ? pp. 15-45.
Daniel, J. (2021). La formation à distance : dix principes inspirés par son histoire. Médiations Et Médiatisations, (6), 78-84.
Je comprends ton enthousiasme pour la classe inversée, car je suis moi-même persuadée des avantages de cette méthode. Je l’ai pratiquée durant mes années d’enseignement en lycée et en université. Cependant, j’en ressens les limites pleinement maintenant que je travaille avec un public adulte. Autant les étudiants dans un cadre scolaire ou académiques sont plus enclin à suivre l’enseignant, autant les adultes sont réticents à donner de leur propre temps ou à s’investir dans un processus qui ne leur est pas familier. Dans une étude Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, les auteurs remarquent déjà cette tendance chez les étudiants :
RépondreSupprimer« Les étudiants qui choisissaient d’assister aux séances en classe étaient habituellement ceux qui s’y étaient préparés d’avance, alors que ceux qui n’avaient pas regardé les leçons sous forme de vidéo avant le début des séances en classe étaient moins enclins à y assister. (…) ils jugeaient parfois difficile de devoir prévoir du temps dans leurs horaires pour regarder les vidéos. Dès qu’ils accusaient du retard, il était compliqué pour certains d’entre eux de procéder à un rattrapage, ce qui est devenu la raison la plus importante donnée par la cohorte de la salle de classe inversée pour justifier les absences aux séances en classe » (Stickel,p . 65)
Le risque du désengagement est donc très fort. « Il est crucial de voir à ce que les étudiants soient préparés sur le plan intellectuel à s’adonner aux activités de résolution de problèmes durant le temps consacré en classe (Stickel, p. 70). » Sinon le risque de retomber dans un cours classique par manque de préparation des apprenants est latent.
Référence :
Stickel, M. et Q. Liu (2015), Les retombées de la méthode de la salle de classe inversée : comportements, perceptions et résultats d’apprentissage des étudiants, Toronto, Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.