Billet 2 : Les théories de la formation à distance

La théorie de distance transactionnelle de Moore (2011) et les travaux de Garrison (2016) notamment sur la présence sociale et cognitive m’interpellent directement dans ma pratique professionnelle, mais à des niveaux différents.  

La théorie de distance transactionnelle de Moore (2011) démontre un « nombre presqu’infini d’hypothèses sur l’interaction entre les structures de cours et le dialogue enseigné-enseignant et sur la propension des étudiants à contrôler leur processus d’apprentissage ». C’est ce que je vis quotidiennement dans ma pratique professionnelle de personne accompagnatrice et conceptrice pédagogique à l’université. Chaque cours ou programme en FAD présente des caractéristiques fixes données par l’institution, mais une grande part de flexibilité relève de la personne enseignante et des personnes apprenantes. 

Bien qu’elle ne soit pas nommée comme telle, la relation entre les dimensions clés structure-dialogue-autonomie de la théorie est un des éléments essentiels pensé et discuté lors de mes accompagnements, selon des degrés et niveaux d’implication différents. L’équilibre entre la rigidité de séquences strictes et une structure flexible permettant des parcours personnalisés, un dialogue entre les personnes enseignantes et apprenantes et une place à l’autonomie des personnes apprenantes est un équilibre à (re)penser à chaque fois. Cependant, « au moment de la conception du cours, la perception de la distance transactionnelle [doit être considérée] autant que les différents types d’interactions de guidage, de facilitation et de collaboration structurée avec les étudiants » (Witte et Wolf, 2003).  

Tous ces éléments sont des enjeux mais aussi des limites à ma pratique professionnelle. C’est là que les travaux de Garrison peuvent être mentionnés à deux niveaux. Tout d’abord avec les dimensions de la présence sociale que j’applique : la communication affective (utilisation d'humour, d'expressions de respect et d'auto-divulgation pour établir des liens personnels), la communication ouverte (encourager une participation réfléchie et respectueuse grâce à un climat de confiance) et la cohésion de groupe (renforcer l'identité collective par des interactions inclusives (utilisation de « nous », « notre »), et celles de la présence cognitive en tant que processus collaboratif essentiel pour un apprentissage significatif. Je dois m’assurer que la personne enseignante prenne en considération ces éléments, tout en m’assurant qu’elle puisse avoir la capacité à construire ou consolider des apprentissages significatifs à travers une réflexion et un discours collaboratif. Comment m’assurer de tout cela ? Je suis dans une position où j’applique des théories à personnes qui doivent elles-mêmes les appliquer, bien souvent dans des contextes et enjeux déterminés qui vont influencer le cadre de la FAD. 


Références :

Moore, M. G. et Marty, O. (2011). La théorie de la distance transactionnelle. 

Witte M. et Wolf S. (2003), Infusing mentoring and technology within graduate courses: reflections in practice. Distance Education 25(1), 125-142 in Moore, M. G. et Marty, O. (2011). La théorie de la distance transactionnelle. 

Garrison, D. R. (2016). E-learning in the 21st century: A community of inquiry framework for research and practice. Taylor & Francis Group. 

Commentaires

  1. Je ne connaissais pas bien le rôle de la personne accompagnante dans le contexte de la création de cours en milieu universitaire, et je découvre un métier intéressant, créatif et nuancé. Je pense qu’il faut pouvoir faire preuve d’une grande sensibilité et diplomatie, pour pouvoir améliorer les cours des enseignants tout en gardant leur unicité et personnalité.
    La question que je me pose quand tu cites Garrison et la « Communauté d’enquête » qu’il propose, est la place des apprenants. Dans les travaux de Garrison, cette communauté repose aussi sur « la présence cognitive » : « la mesure dans laquelle les apprenants sont capables de construire et de confirmer le sens par une réflexion et un discours soutenus » (Garrison, Anderson & Archer, 2000, p. 11, traduction libre)
    Cette présence cognitive est-elle prise en compte dans la création de cours au même titre que la présence pédagogique?

    Référence :

    Garrison, D. R., Anderson, T. & Archer, W. (2000). Critical thinking in a text-based environment: Computer conferencing in higher education. Internet and Higher Education, 11(2), 1-14.

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